Contrairement aux idées reçues et aux archétypes véhiculés par les fictions littéraires et cinématographiques, le pirate de l’antiquité est un homme ordinaire qui a simplement choisi de vivre au delà des normes et des règles imposées par la société et le pouvoir de l’époque. Une véritable démocratie régnait à bord des bateaux pirates. Le capitaine était élu par l’ensemble de l’équipage au suffrage universel, ainsi qu’un contre pouvoir, le contre-maître, qui était le seul à pouvoir convoquer l’assemblée. Beaucoup de Capitaines se retrouvaient pendus ou jetés à l’eau si l’ensemble des pirates jugeaient qu’ils avaient mis en péril leurs communautés. A l’époque, les navires pirates étaient le seul espace social ou l’homme noir n’était pas l’esclave de l’homme blanc et ou la femme était l’égale de l’homme. Tâches et butins se distribuaient à parts égales, seul le capitaine prenait 2 portions. Le pirate est donc une sorte de « Fuck the system » économique et social, à l’époque ou régnaient Empires et Monarchie, un « Robin des bois » maritime.

De nos jours, le pirate informatique joue pratiquement le même rôle. Les firmes multinationales sont le « system » en place et des électrons libres partagent avec le monde entier le butin « pillé » à l’oligarchie économique (ou devrais-je dire politique ?). Ces impérialistes du son et de l’image sont rongés par des milliers de « Robin de bois » invisibles et introuvables. Evidement le piratage est respectable uniquement lorsqu’il corrode les grosses machines impérial-industrielles. Le grain de sable dans l’engrenage, la bulle d’air dans l’aquarium. Comme dans l’antiquité, la communauté pirate a des règles bien définies et respecte certaines normes. Cette puissance informatique qui manie habilement les rouages du réseau internet évitera par exemple de s’attaquer à une entreprise indépendante ou à un individu de sa propre communauté.

Malheureusement, le Liban fait exception à la règle.

Je fais partie d’un réseau de musiques alternatives qui subsistent en marge des grosses maisons de productions. J’ai crée mon propre label afin d’éviter toutes ingérences artistique et économique au sein de ma production musicale. Aujourd’hui nous sommes de plus en plus nombreux à pouvoir survivre en tant qu’artistes indépendants. Nous luttons contre l’empire des majors, c’est un combat quotidien. Nous proposons une ALTERNATIVE à la musique dites «mainstream ». Nous sommes des pirates à notre manière.

Il est fréquent de voir des particuliers partager nos albums gratuitement sur le net, cela n’influe pas tellement sur les ventes, le partage est ponctuel et réduit. En revanche pour la première fois de l’histoire du piratage, un libanais a décidé de crée un site internet qui a pour but de pirater toute la musique alternative libanaise. En d’autres mots, ce déluré a cru bon de s’attaquer, non pas aux géant de l’industrie audiovisuelle (ex. Rotana qui appartient au puissant Walid Ben Talal Abdelazziz Ben Saoud), mais aux jeunes galériens indépendant qui rament pour vendre une centaine de CDs. Du jamais vu! Mais le comble … c’est que ce « Robin des bois inversé » veut nous faire croire que grâce à son site nous gagnons de la notoriété ! Ce « pirate de mes deux » s’auto-déclare promoteur de la musique underground libanaise. C’est une faveur qu’il nous fait, nous devrions lui en être 1000 fois reconnaissants, mais ingrats que nous sommes nous avons décidé de lui faire la peau. Si ce crétin anonyme voulait vraiment donner un coup de pouce à l’underground libanais, il aurait simplement proposé notre musique en streaming et non en téléchargement gratuit. Ou mieux encore il aurait piraté Rotana et consort (l’impérialisme culturel, ou cul tout court) afin de créer un espace à l’alternatif libanais. Ce bidouilleur du dimanche n’a évidement aucuns liens avec la communauté pirate mondiale, même s’il se plait à s’y associer en récupérant charte graphique et champ lexical de l’authentique pirate.

Pirater un réseau alternatif, un réseau en marge du « system » un peu pirate lui-même est un étrange phénomène qui semble être propre au libanais. En effet, cela revient à pirater son propre équipage ! C’est tout simplement insensé, ce moussaillon est devenu fou, jetons le par-dessus bord.

La question qui me tracasse (ou me fracasse) et à laquelle je ne répondrai pas est la suivante : En quoi la société libanaise favorise-t-elle ce genre de comportement asociale et autodestructeur?

La réponse (nous la connaissons tous) est tristement amère…



Rayess Bek



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